Chapitre 1 – La mécanique du crime de David Verdier

I

L’énigme du mort dans la grange

L’inspecteur Stanislas Tharel soupira. Il en profita pour jeter un oeil autour de lui et constata que le grand jardin était bien entretenu. Il soupçonna la femme qu’il avait en face de lui d’être maniaque, et de couper la moindre herbe qui dépassait.

C’était vraiment la maison des animaux ici : l’inspecteur, depuis qu’il était arrivé, avait croisé trois chats et deux chiens, qui se promenaient tous dans un sens ou dans l’autre du jardin.

— C’est tout de même une histoire incroyable, madame Féret, dit l’inspecteur, sur un ton exprimant la lassitude. Vous me demandez de croire que l’assassin de Monsieur Soureau était invisible en sortant de la grange.

Nous étions en septembre, et le temps, en ce dimanche de fin d’été, s’avérait bien agréable. Madame Féret, qui était au service de Charles Soureau depuis de nombreuses années, en avait profité pour jardiner. Ayant une cinquantaine d’années, elle était d’une bonne constitution physique et l’inspecteur estima qu’elle avait une hygiène de vie rigoureuse.

C’était elle qui avait appelé la police. Elle savait que Charles Soureau se trouvait à l’intérieur de la grange depuis un moment. Comme à chaque fois, il était silencieux, plongé dans un livre. Le vieil homme avait pour habitude de se placer devant la seule ouverture dans l’un des murs, une fenêtre fixe et étroite, par laquelle il était impossible de s’échapper. Et c’est bien ce qui chagrinait l’inspecteur Tharel. Car la personne qui avait frappé Charles Soureau avec un marteau, au sommet du crâne, avait bien dû s’enfuir de la grange. Mais il n’y avait comme autre issue qu’une porte en bois. Et il avait fallu la défoncer car le loquet métallique intérieur – une tige coulissante, comme on en voit souvent sur des vieilles portes de garage – était poussé, de sorte que cette issue se retrouvait verrouillée.

L’inspecteur Tharel avait enfoncé la porte luimême, sous les yeux du médecin qui avait été appelé. À l’intérieur, il n’y avait donc personne en dehors de Charles Soureau, le corps effondré dans son fauteuil, du sang recouvrant une bonne partie de son crâne, et l’un de ses chiens, « Bimo », un labrador beige, qui avait pour habitude de rester avec son maître. Ce dernier avait accueilli les policiers en aboyant, puis s’était calmé après les remontrances de madame Féret.

Les policiers avaient examiné l’intérieur de la grange, et trouvé l’arme du crime : le marteau ayant servi à défoncer le crâne de la victime était par terre, non loin du fauteuil. L’objet fut soigneusement glissé dans un sachet en plastique, pour les analyses d’éventuelles empreintes. En attendant, il convenait de faire le bilan des personnes qui se trouvaient là au moment du crime. Madame Féret expliqua qu’il y avait le fils de Charles Soureau, Daniel, son épouse Brigitte, la fille du défunt prénommée Monique, et enfin un neveu, Pierre Bourtet. Tout ce petit monde était venu passer le week-end dans la grande propriété familiale, située à l’une des sorties de la ville du Poinçonnet. La demeure était en bordure de forêt, et un grillage entourait tout le périmètre. D’après les témoignages de tous, il était peu probable qu’un intrus soit intervenu dans l’assassinat de Monsieur Soureau. Il fallait être un intime pour connaître cette habitude qu’il avait de se retirer pour lire, dans cette grange qu’il fermait fréquemment de l’intérieur.

— Cela vous paraît donc normal que la porte ait été verrouillée ? demanda Stanislas Tharel à Madame Féret.

— Oui. Monsieur Soureau le faisait souvent. Le loquet était facile à faire coulisser, cela ne lui demandait pas un gros effort. C’est qu’il allait sur ses 78 ans… bref, il ne voulait pas qu’on le dérange. Vous avez remarqué qu’il avait tout dedans, pour passer un long moment tranquille : des bouteilles d’eau, plusieurs livres, un petit poste de radio…

— J’ai vu, oui. Donc, Monsieur Soureau s’est rendu dans la grange vers 14 heures ?

— Oui, c’est à ce moment-là, tandis que nous finissions de déjeuner, que Charles a dit qu’il se retirait.

— Vous avez commencé à jardiner à partir de quelle heure ?

— Peu de temps après. Je dirais 14 heures 30. Et environ un quart d’heure plus tard, j’ai travaillé autour de la grange. Si quelqu’un était venu trouver monsieur Soureau, je l’aurais vu, c’est certain.

— Et vous avez appelé la police après avoir entendu ce bruit venant de la grange ?

— Oui, il n’était pas tout à fait 15 heures 30 quand j’ai entendu la porte se refermer. Je me suis retournée, mais je n’ai vu personne. Alors, je me suis dit que quelqu’un était venu voir monsieur Soureau. J’ai donc voulu proposer d’apporter un rafraîchissement, et je suis allée frapper à la porte de la grange. Là, personne n’a répondu. Et lorsque j’ai voulu ouvrir, j’ai réalisé que c’était verrouillé. Après plusieurs appels, j’ai jugé préférable de contacter le médecin et la police. Entretemps, les membres de la famille sont venus, mais personne n’a osé forcer la porte…

Un commentaire sur “Chapitre 1 – La mécanique du crime de David Verdier

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  1. Grande amatrice de récits courts, je ne pouvais qu’aimer cette parution. Sept affaires d’une efficacité redoutable dans le style « porte fermée de l’intérieur ». Un recueil dévoré avec grand plaisir. 😉

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